Yakabuski: Le parti de la Charte

Right signal on pre-emptive use of the Charter:

…Lorsqu’on lui a demandé si son gouvernement avait l’intention d’intervenir devant la Cour suprême du Canada dans l’éventualité où cette loi se trouverait devant le plus haut tribunal du pays, M. Carney a répondu par l’affirmative. « Mon gouvernement a un malaise avec l’utilisation [préventive] de la “clause nonobstant” », a-t-il affirmé à propos de la disposition de dérogation enchâssée dans la section 33 de la Charte canadienne des droits et libertés. « L’enjeu est [de savoir si] on a des droits ici au Canada ou non. Un droit est un droit. Si on utilise trop souvent la “clause nonobstant” de manière [préventive], on dit qu’on n’a pas de charte des droits ici au Canada. C’est une question pour la Cour suprême. Ce n’est pas plus compliqué que cela. »

Or, la Cour suprême s’apprête déjà à examiner la question du recours préventif à la disposition de dérogation dans le dossier de la Loi sur la laïcité de l’État québécois, la loi 21. Cette cause sera entendue bien avant que toute contestation de la loi 96 puisse arriver devant le plus haut tribunal du pays.

S’il s’oppose uniquement à l’utilisation préventive de cette disposition, pourquoi M. Carney souhaite-t-il intervenir dans le dossier de la loi 96 si la question doit être, selon toute probabilité, réglée avant même que la Cour suprême n’accepte d’examiner ce texte législatif ? Est-ce que le chef libéral aurait plutôt sauté sur l’occasion de se prononcer sur la loi 96 afin d’envoyer un signal affirmant qu’il entend défendre la minorité anglophone du Québec ? Lui seul le sait.

Ce qui est toutefois clair, c’est qu’un gouvernement fédéral mené par Mark Carney chercherait à éliminer la capacité des gouvernements provinciaux à recourir préalablement à la disposition de dérogation. Ce n’est pas un détail. Le délai entre l’adoption d’une loi provinciale et le moment où la Cour suprême détermine si elle viole la Charte canadienne des droits peut s’étendre sur plusieurs années. La loi 21 fut adoptée en 2019, et on ne sait toujours pas ce qu’en pense le plus haut tribunal du pays.

En interdisant aux provinces de recourir de manière préventive à la disposition de dérogation, la Cour suprême imposerait une limite fondamentale à la souveraineté des provinces dans leurs champs de compétence. C’est ainsi que le constitutionnaliste Guillaume Rousseau qualifie la proposition de M. Carney de « radicale ». Une loi québécoise « pourrait être suspendue pendant six ou sept ans, en attendant un jugement de la Cour suprême, et ce, même si cette loi vise à régler un problème immédiat », a écrit Me Rousseau dans une chronique publiée cette semaine dans Le Journal de Montréal.

Professeur à l’Université de Sherbrooke, Me Rousseau a été nommé le mois dernier coprésident du nouveau Comité d’étude sur le respect des principes de la Loi sur la laïcité de l’État sur les influences religieuses par le gouvernement caquiste. C’est un fervent défenseur de la souveraineté parlementaire du Québec. Il n’en demeure pas moins qu’il soulève une question importante sur la pertinence de la disposition de dérogation si on interdit son utilisation préventive — surtout au Québec, où la suspension d’une loi linguistique pendant plusieurs années (en attendant que la Cour suprême détermine son sort) pourrait avoir une incidence non négligeable sur le déclin du français.

« Nous sommes le parti de la Charte, et nous allons intervenir à la Cour suprême dans les cas qui [pourraient] venir », a déclaré le chef libéral la semaine dernière lorsqu’il a été interrogé pour la première fois sur la loi 96. Qu’on se le tienne pour dit : le Québec a beau être « incroyable » aux yeux de M. Carney, il n’a pas l’intention de le laisser faire.

Source: Le parti de la Charte

… When asked if his government intended to intervene before the Supreme Court of Canada in the event that the law was before the highest court in the country, Mr. Carney answered in the affirmative. “My government is uncomfortable with the [preventive] use of the ‘notwithstanding clause’,” he said about the exemption provision enshrined in section 33 of the Canadian Charter of Rights and Freedoms. “The issue is [to know if] we have rights here in Canada or not. A right is a right. If we use the “notwithstanding clause” too often in a [preventive] way, we say that we do not have a charter of rights here in Canada. This is a question for the Supreme Court. It’s not more complicated than that. ”

However, the Supreme Court is already preparing to examine the issue of the preventive recourse to the derogation provision in the file of the Act respecting the secularism of the Quebec State, Bill 21. This case will be heard long before any challenge to Bill 96 can come before the highest court in the country.

If he opposes only the preventive use of this provision, why does Mr. Does Carney wish to intervene in the file of Bill 96 if the matter must, in all likelihood, be settled even before the Supreme Court agrees to examine this legislative text? Would the Liberal leader have rather jumped at the opportunity to vote on Bill 96 in order to send a signal stating that he intends to defend Quebec’s English-speaking minority? Only he knows.

What is clear, however, is that a federal government led by Mark Carney would seek to eliminate the ability of provincial governments to use the waiver provision beforehand. It’s not a detail. The time between the adoption of a provincial law and the time when the Supreme Court determines whether it violates the Canadian Charter of Rights can extend over several years. Law 21 was adopted in 2019, and we still do not know what the highest court in the country thinks of it.

By prohibiting the provinces from making preventive use of the waiver provision, the Supreme Court would impose a fundamental limit on the sovereignty of the provinces in their fields of jurisdiction. This is how the constitutionalist Guillaume Rousseau describes the proposal of Mr. Carney of “radical”. A Quebec law “could be suspended for six or seven years, pending a Supreme Court judgment, even if this law aims to solve an immediate problem,” wrote Me Rousseau in a column published this week in Le Journal de Montréal.

Professor at the Université de Sherbrooke, Me Rousseau was appointed last month as co-chair of the new Study Committee on Respect for the Principles of the Act on the Secularism of the State on Religious Influences by the Caquist Government. He is a fervent defender of Quebec’s parliamentary sovereignty. Nevertheless, it raises an important question about the relevance of the derogation provision if its preventive use is prohibited — especially in Quebec, where the suspension of a language law for several years (pending the Supreme Court’s fate) could have a significant impact on the decline of French.

“We are the Charter party, and we will intervene in the Supreme Court in cases that [may] come,” the Liberal leader said last week when he was first asked about Bill 96. Let’s take it for said: Quebec may be “incredible” in the eyes of Mr. Carney, he has no intention of letting him do it.

Unknown's avatarAbout Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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