ICYMI: Les annulations de cours de francisation se multiplient sur la couronne nord faute de budget
2024/09/11 Leave a comment
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Les réductions budgétaires en francisation du ministère de l’Éducation sèment la consternation dans la couronne nord de Montréal, qui connaît un boom d’immigration. Au Centre de services scolaire (CSS) des Mille-Îles, ce sont 90 % des cours de francisation aux adultes qui ont été annulés et une vingtaine de postes qui ont été éliminés. Quant aux étudiants, eux, ils ne savent pas vers qui ou quoi se tourner.
Depuis la semaine dernière, « c’est la panique » chez l’organisme ABL Immigration, explique son directeur intérimaire, Alain Marginean.
L’organisme de Saint-Eustache est inondé d’appels depuis que le CSS des Mille-Îles a annulé presque toute son offre de cours de francisation des adultes en cette rentrée scolaire. Seulement trois classes, plutôt que 14, ont été ouvertes, et ce, uniquement pour la moitié de l’année.
« Ça appelle en continu depuis jeudi dernier », relate M. Marginean, un cadre du réseau collégial à la retraite.
ABL Immigration organise des activités de socialisation pour les nouveaux arrivants et offre différents services de soutien — comme aider les gens à s’inscrire aux cours de francisation offerts par le CSS.
Le directeur Marginean a l’impression de retourner en arrière. « Ça dépasse mon entendement. J’en ai vu, des conneries, mais ça, ça dépasse l’entendement », dit-il à propos des réductions imposées par Québec en francisation. Car, cette année, les ministères de l’Éducation et de l’Immigration ont décidé de limiter les budgets destinés aux cours de francisation donnés par les CSS.Des parcours et une intégration freinés
Sehriban Naman et son mari — deux réfugiés kurdes — s’apprêtaient à commencer leur classe de francisation de niveau 5 (il y en a 12) quand ils ont appris la nouvelle. Ils sont découragés. « Mon mari ne peut pas se trouver de travail parce qu’il n’a pas la langue », explique la dame.
Le couple réside à Sainte-Marthe-sur-le-Lac depuis 2023. Dans leur pays d’origine, la Turquie, les deux enseignaient. Mme Naman espère maintenant s’occuper de garde d’enfants ; son mari souhaite devenir plombier. « Pour trouver une bonne job, je dois prendre le français au niveau 5, 6 ou 7. Mais, maintenant, je ne peux pas », dit-elle.
La CSS des Mille-Îles confirme avoir dû abolir 21 postes d’enseignants en francisation cet automne. « Nous avons l’obligation de nous gouverner avec les règles budgétaires 2024-2025 du ministère de l’Éducation », a indiqué sa porte-parole par écrit. « Chacune de ces personnes a été contactée par l’équipe de direction […] et un second suivi a été fait par l’équipe des ressources humaines afin de leur offrir un autre poste. »
Dans une lettre ouverte au Devoir, des professeurs parlent de restrictions « sauvages, injustifiables et incohérentes » ordonnées par le gouvernement Legault. « Environ 250 nouveaux arrivants ne seront pas francisés cette année dans notre région. Ils devront retourner sur les listes d’attente interminables de Francisation Québec », déplorent-ils. « Si on se fie aux différentes mesures et lois mises en place pour protéger les valeurs, la langue et la culture d’ici par ce même gouvernement, c’est contre-productif. »
Les réductions décrétées par Québec touchent l’ensemble des CSS, mais l’effet sur l’offre de cours de francisation varie selon les endroits. Plus au nord des Laurentides, à Saint-Jérôme, le CSS de la Rivière-du-Nord ne rapporte aucun changement dans l’offre. Idem au CSS des Laurentides, basé à Saint-Agathe-des-Monts.
Mais à Repentigny, dans Lanaudière, le CSS des Affluents a dû réduire de 50 % son offre de cours en francisation, privant ainsi 200 élèves de cours et 20 enseignants de leur poste. Au CSS des Patriotes, basé à Saint-Bruno-de-Montarville, le nombre de cours offerts est passé de vingt l’an dernier à sept cet automne.
Plusieurs directions de CSS qui disent avoir maintenu leur offre de cours affirment toutefois qu’elles ne prendront peu ou pas en charge de nouveaux groupes. C’est entre autres le cas des CSS Marguerite-Bourgeoys (à Montréal), des Navigateurs (à Québec), des Chênes (à Drummondville) et des Hauts-Cantons (en Estrie).
D’autres, comme le CSS de Sherbrooke, tablent sur une résolution du problème cet automne, au risque de devoir fermer des classes plus tard cette année.Des solutions de rechange limitées
Depuis le début, le gouvernement Legault défend sa décision en plaidant que la demande en francisation est trop forte. En seulement deux mois, ce printemps, le nombre d’adultes inscrits en francisation dans le réseau québécois a atteint 26 656, alors qu’on en comptait 34 060 pour tout l’exercice 2023-2024.
Or, M. Marginean plaide que des régions comme la sienne en pâtissent beaucoup plus que d’autres.
Cela fait seulement quelques années que des cours de francisation sont offerts localement à Saint-Eustache et à Saint-Thérèse, fait-il valoir, et il a fallu se battre pour les obtenir. « Ça fait trois ans qu’on a gagné ça. On n’est pas intéressés à envoyer les gens à Laval ou à Saint-Jérôme. »
Le ministère de l’Immigration avait affirmé au Devoir à la mi-août que le nouvel organisme Francisation Québec (FQ) dirigeait les étudiants déboutés vers des solutions de rechange. « L’équipe de FQ […] surveille de près les capacités de tous les partenaires, dont les CSS. Lorsqu’un centre informe avoir atteint sa capacité, l’équipe procède à un aiguillage des élèves vers d’autres partenaires ayant de la capacité, que ce soit des CSS, des cégeps, des universités ou des organismes à but non lucratif. »
« Rappelons que les services de FQ s’appuient aussi sur des cours offerts en ligne », signalait-on aussi.
Sehriban Naman a jeté un regard sur les cours offerts à Laval, mais doute de pouvoir s’y inscrire. « C’est très loin et il faut que je fasse garder mes enfants près d’ici. »
Un autre étudiant de Saint-Eustache avec qui Le Devoir s’est entretenu, Enrique (qui a demandé que l’on utilise un pseudonyme, par crainte de nuire à son dossier d’immigration), dit, quant à lui, avoir essayé les cours en ligne sans grand enthousiasme. « Personne n’aime ça », dit-il. « La francisation, c’est pas juste la langue : c’est connaître des gens, être en immersion. »
Ces derniers mois, l’homme d’origine nicaraguayenne a commencé à travailler en soirée comme opérateur de machine dans une entreprise des environs, tout en suivant des cours de francisation le jour. « C’est important de continuer les cours, dit-il, parce qu’il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas au travail. »
Source: Les annulations de cours de francisation se multiplient sur la couronne nord faute de budget
Computer translation:
The French budget cuts of the Ministry of Education are sowing consternation in the northern crown of Montreal, which is experiencing an immigration boom. At the Centre de services scolaires (CSS) des Mille-Îles, 90% of adult francization courses were canceled and about twenty positions were eliminated. As for the students, they don’t know who or what to turn to.
Since last week, “it’s panic” at the ABL Immigration organization, explains its interim director, Alain Marginean.
The Saint-Eustache organization has been flooded with calls since the CSS des Mille-Îles canceled almost all of its offer of adult francization courses this school year. Only three classes, rather than 14, were opened, and only for half the year.
“It’s been calling continuously since last Thursday,” says Mr. Marginean, a retired college network executive.
ABL Immigration organizes socialization activities for newcomers and offers various support services — such as helping people enroll in francization courses offered by the CSS.
Director Marginean feels like he’s going back. “It’s beyond my understanding. I’ve seen some bullshit, but that’s beyond comprehension, “he says about the reductions imposed by Quebec in francization. Because, this year, the Ministries of Education and Immigration have decided to limit the budgets for francization courses given by the CSS.
Braked courses and integration
Sehriban Naman and her husband – two Kurdish refugees – were about to start their level 5 francization class (there are 12) when they heard the news. They are discouraged. “My husband can’t find a job because he doesn’t have the language,” explains the lady.
The couple has lived in Sainte-Marthe-sur-le-Lac since 2023. In their country of origin, Turkey, they both taught. Ms. Naman now hopes to take care of the child; her husband wants to become a plumber. “To find a good job, I have to take French at level 5, 6 or 7. But now I can’t,” she says.
The CSS des Mille-Îles confirms that it had to abolish 21 teacher positions in Frenchization this fall. “We have the obligation to govern ourselves with the 2024-2025 budget rules of the Ministry of Education,” his spokeswoman said in writing. “Each of these people was contacted by the management team […] and a second follow-up was made by the human resources team to offer them another position. ”
In an open letter to Le Devoir, teachers speak of “wild, unjustifiable and incoherent” restrictions ordered by the Legault government. “About 250 newcomers will not be Frenchized this year in our region. They will have to return to the endless waiting lists of Francisation Québec,” they lament. “If we rely on the various measures and laws put in place to protect the values, language and culture here by this same government, it is counterproductive. ”
The reductions decreed by Quebec affect all CSS, but the effect on the offer of francization courses varies by location. Further north of the Laurentians, in Saint-Jérôme, the CSS de la Rivière-du-Nord does not report any change in the offer. Ditto to the CSS des Laurentides, based in Saint-Agathe-des-Monts.
But in Repentigny, in Lanaudière, the CSS des Affluents had to reduce its offer of francization courses by 50%, thus depriving 200 students of classes and 20 teachers of their posts. At CSS des Patriotes, based in Saint-Bruno-de-Montarville, the number of courses offered increased from twenty last year to seven this fall.
However, several CSS managements who say they have maintained their course offerings say that they will take little or no support for new groups. This is the case, among others, of CSS Marguerite-Bourgeoys (in Montreal), Navigators (in Quebec City), Chênes (in Drummondville) and Hauts-Cantons (in the Eastern City).
Others, such as the Sherbrooke CSS, are counting on a resolution of the problem this fall, at the risk of having to close classes later this year.
Limited alternative solutions
From the beginning, the Legault government defended its decision by arguing that the demand for francization is too strong. In just two months, this spring, the number of adults registered for francization in the Quebec network reached 26,656, while there were 34,060 for the entire 2023-2024 financial year.
However, Mr. Marginean argues that regions like his suffer much more than others.
It has only been a few years that francization courses have been offered locally in Saint-Eustache and Saint-Thérèse, he argues, and it was necessary to fight to obtain them. “It’s been three years since we won that. We are not interested in sending people to Laval or Saint-Jérôme. ”
The Ministry of Immigration had told Le Devoir in mid-August that the new organization Francisation Québec (FQ) was directing rejected students to alternative solutions. “The FQ team […] closely monitors the capabilities of all partners, including CSS. When a center informs that it has reached its capacity, the team refers students to other partners with capacity, whether CSS, CEGEPs, universities or non-profit organizations. ”
“Remember that FQ services also rely on courses offered online,” it was also reported.
Sehriban Naman took a look at the courses offered in Laval, but doubts that he can register. “It’s very far and I have to have my children looked after near here. ”
Another student from Saint-Eustache with whom Le Devoir talked, Enrique (who asked for a pseudonym to be used, for fear of harming his immigration file), says he tried the online courses without much enthusiasm. “Nobody likes it,” he says. “Francization is not just language: it is knowing people, being immersed. ”
In recent months, the man of Nicaraguan origin has started working in the evening as a machine operator in a nearby company, while taking francization courses during the day. “It’s important to continue classes,” he says, “because there are many things I don’t understand at work. ”
