Yakabuski | Réparer ses dégâts

Strongly worded and valid:

S’il y a une critique qui revient sans cesse à propos du gouvernement du premier ministre Justin Trudeau, c’est qu’il met trop l’accent sur les annonces et pas assez sur la mise en oeuvre des programmes qui en découlent. C’est un gouvernement qui néglige de façon quasi systématique les conséquences inattendues de ses initiatives, se concentrant plutôt sur le message qu’il souhaite envoyer à certaines clientèles politiques visées. Il ne semble pas apprendre de ses erreurs, ou, quand il le fait, il est trop tard pour réparer les dégâts déjà causés.

La preuve de cela demeure sa gestion du système canadien d’immigration. Faisant jadis l’envie du monde entier, ce système était fondé sur des critères de sélection précis permettant au Canada de classer des demandeurs pour que seuls les plus qualifiés parmi eux obtiennent la résidence permanente, peu importe leur pays d’origine. Les libéraux avaient déjà commencé à déroger à ce principe avant la pandémie en créant des exceptions pour certaines catégories d’immigrants. À partir de 2021, toutefois, le gouvernement Trudeau a complètement chamboulé le système en rehaussant les seuils d’immigration permanente et temporaire afin de doper la croissance économique et de combler la pénurie de travailleurs dans certains secteurs de l’économie.

Non seulement le Canada allait accepter davantage de résidents permanents — en fixant une cible de 500 000 en 2025 —, mais ces derniers allaient de plus en plus provenir de bassins de centaines de milliers de résidents temporaires déjà basés au pays grâce à l’expansion massive des programmes fédéraux des travailleurs étrangers temporaires et d’éducation internationale. Les critères de sélection établis avaient été contournés pour favoriser ceux qui avaient déjà une expérience de travail au Canada, même s’il s’agissait d’un emploi à bas salaire ne requérant ni de compétences précises ni de diplôme de niveau supérieur. Mais en procédant ainsi, Ottawa pouvait se vanter d’accélérer l’octroi des permis de résidence permanente et de répondre aux demandes de main-d’oeuvre des employeurs.

Or, on sait ce qui s’est passé depuis. La crise du logement n’est que la pointe de l’iceberg, la conséquence la plus visible de cet abandon par les libéraux des principes qui avaient guidé tous les gouvernements fédéraux précédents en matière d’immigration depuis plus de cinq décennies. Le taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans s’est établi à 14,2 % en juillet, selon Statistique Canada, une hausse de 3,6 points de pourcentage depuis un an et le niveau le plus élevé depuis 2012. Chez les jeunes hommes, le taux de sans-emploi a grimpé à 16 %. La situation est encore pire chez les jeunes immigrants qui sont au Canada depuis moins de cinq ans, dont le taux de chômage s’est élevé à 22,8 % en juillet, en hausse de 8,6 points de pourcentage depuis le même mois en 2023. L’économie canadienne a beau continuer de croître, la création d’emplois demeure bien en deçà de l’augmentation de la population en raison de l’immigration permanente et temporaire. Qu’arriverait-il si jamais une récession ou un ralentissement économique prononcé frappait le pays ? Une « tempête parfaite ».

Cette semaine, le gouvernement Trudeau a enfin annoncé son intention de resserrer les critères d’admissibilité du Programme des travailleurs étrangers temporaires, pas dans un lointain avenir comme il l’avait plusieurs fois suggéré, mais à partir du mois prochain. Entre autres, la durée des permis sera réduite à un an plutôt que deux, et la proportion maximale de travailleurs temporaires au sein d’une même entreprise sera de nouveau à 10 % plutôt qu’à 20 %. Mais avec près de 2,8 millions de résidents non permanents au pays, plus du double du nombre de 2021, des experts s’attendent avec raison à ce que des milliers d’entre eux choisissent de vivre dans la clandestinité plutôt que de quitter le Canada lors de l’expiration de leur permis de séjour. Après tout, la plupart d’entre eux sont venus au Canada sur une base temporaire en espérant obtenir la résidence permanente par la suite, grâce aux changements de critères d’admissibilité introduits par les libéraux en 2021. Or, le ministre Marc Miller a laissé entendre cette semaine qu’Ottawa examine aussi maintenant la possibilité de réduire les seuils d’immigration permanente.

Le ministère de l’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada et l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) sont déjà aux prises avec un fardeau de travail qui dépasse l’entendement. Ils n’ont ni l’effectif ni les ressources pour s’assurer que tous ces travailleurs étrangers temporaires et tous ces étudiants internationaux quitteront le pays dès l’expiration de leur permis. Et on peine à croire que les libéraux, aussi dépensiers soient-ils, vont rehausser le budget de l’ASFC pour déporter tous les nouveaux sans-papiers qui ne quitteront pas volontairement le Canada. Le gouvernement est déjà accusé d’avoir fermé les yeux sur l’exploitation des travailleurs étrangers temporaires par certains employeurs sans scrupule. Procéder à la déportation de milliers d’ex-travailleurs étrangers temporaires forcés de vivre dans la clandestinité lui vaudrait d’être affublé de l’étiquette « trumpiste ».

Le recul du gouvernement Trudeau cette semaine ne sera pas suffisant pour remettre le système d’immigration canadien sur les rails avant plusieurs années et fera gonfler les rangs des sans-papiers au pays, avec toutes les répercussions sociales et économiques que cela implique. Il est difficile d’imaginer que ce scénario du pire surviendra dans un pays qui faisait autrefois l’envie du monde en matière d’immigration.

Source: Chronique | Réparer ses dégâts

Computer translation

If there is a criticism that comes up constantly about Prime Minister Justin Trudeau’s government, it is that it puts too much emphasis on the announcements and not enough on the implementation of the resulting programs. It is a government that almost systematically neglects the unexpected consequences of its initiatives, focusing instead on the message it wishes to send to certain targeted political clienteles. He doesn’t seem to learn from his mistakes, or, when he does, it’s too late to repair the damage already caused.

Proof of this remains its management of Canada’s immigration system. This system was once envied by the whole world, was based on specific selection criteria allowing Canada to classify applicants so that only the most qualified among them obtain permanent residence, regardless of their country of origin. Liberals had already begun to derogate from this principle before the pandemic by creating exceptions for certain categories of immigrants. Starting in 2021, however, the Trudeau government completely turned the system upside down by raising the thresholds for permanent and temporary immigration to boost economic growth and fill the shortage of workers in certain sectors of the economy.

Not only would Canada accept more permanent residents — with a target of 500,000 in 2025 — but Canada would increasingly come from pools of hundreds of thousands of temporary residents already based in the country through the massive expansion of the federal temporary foreign worker and international education programs. The established selection criteria had been circumvented to favour those who already had work experience in Canada, even though it was a low-wage job requiring neither specific skills nor a higher-level diploma. But by doing so, Ottawa could boast of accelerating the granting of permanent residence permits and responding to employers’ demands for labour.

However, we know what has happened since then. The housing crisis is just the tip of the iceberg, the most visible consequence of this abandonment by the Liberals of the principles that had guided all previous federal governments on immigration for more than five decades. The unemployment rate of 15-24-year-olds stood at 14.2% in July, according to Statistics Canada, an increase of 3.6 percentage points in a year and the highest level since 2012. Among young men, the unemployment rate rose to 16%. The situation is even worse among young immigrants who have been in Canada for less than five years, whose unemployment rate was 22.8% in July, up 8.6 percentage points since the same month in 2023. The Canadian economy may continue to grow, but job creation remains well below population growth due to permanent and temporary immigration. What would happen if a recession or a pronounced economic slowdown ever hit the country? A “perfect storm”.

This week, the Trudeau government finally announced its intention to tighten the eligibility criteria for the Temporary Foreign Worker Program, not in the distant future as it had repeatedly suggested, but starting next month. Among other things, the duration of permits will be reduced to one year instead of two, and the maximum proportion of temporary workers within the same company will again be 10% instead of 20%. But with nearly 2.8 million non-permanent residents in the country, more than double the number in 2021, experts rightly expect thousands of them to choose to live in hiding rather than leave Canada when their residence permits expire. After all, most of them came to Canada on a temporary basis in the hope of obtaining permanent residence afterwards, thanks to the changes in eligibility criteria introduced by the Liberals in 2021. However, Minister Marc Miller suggested this week that Ottawa is also now considering the possibility of reducing permanent immigration thresholds.

The Department of Immigration, Refugees and Citizenship Canada and the Canada Border Services Agency (CBSA) are already struggling with a workload beyond comprehension. They do not have the staff or the resources to ensure that all these temporary foreign workers and all these international students leave the country when their permit expires. And it is hard to believe that the Liberals, no matter how spendthrift they are, will increase the CBSA budget to deport all the new undocumented who will not voluntarily leave Canada. The government is already accused of turning a blind eye to the exploitation of temporary foreign workers by some unscrupulous employers. Deporting thousands of former temporary foreign workers forced to live in hiding would ear him the “Trumpist” label.

The Trudeau government’s retreat this week will not be enough to get Canada’s immigration system back on track for several years and will swell the ranks of undocumented people in the country, with all the social and economic repercussions that this entails. It is difficult to imagine that this worst-case scenario will occur in a country that was once the world’s desire for immigration.

Unknown's avatarAbout Andrew
Andrew blogs and tweets public policy issues, particularly the relationship between the political and bureaucratic levels, citizenship and multiculturalism. His latest book, Policy Arrogance or Innocent Bias, recounts his experience as a senior public servant in this area.

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